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Menacé de toutes parts
Qu’est-il donc arrivé au tigre ? "Persécuté, empoisonné, pris dans des pièges, abattu ou forcé de quitter son habitat naturel" résume Mike Baltzer, de l’organisation WWF, qui vient de publier une carte sur le sujet. Sans parler des conséquences, déjà présentes, du changement climatique, les ONG recensent trois menaces pesant sur le tigre sauvage. Victime de l’urbanisation, de la déforestation, de la disparition des proies (cerfs, sangliers...) ou encore de la fragmentation croissante des espaces naturels, son espace vital tend à se réduire comme peau de chagrin. « Pour vivre, un tigre a besoin de 50 000 à 70 000 ha. Or en Chine, les habitats sont de plus en plus fragmentés et il n’existe pas encore de corridors ni de zones tampon », souligne Carter Brandon, coordinateur chargé de l’Environnement au bureau de la Banque mondiale à Pékin.
Seconde menace : le braconnage et le marché noir, qui ne cessent de se développer en Asie, faute d’une application efficace des lois, et malgré l’interdiction chinoise adoptée en 1993 de vendre ou d’acheter des produits dérivés du tigre. Alors que la peau du tigre est en effet très prisée pour orner les tuniques tibétaines (chubas), ses os sont toujours utilisés pour des cataplasmes en médecine chinoise. Les Chinois attribuent traditionnellement à ces produits dérivés des vertus miraculeuses (lutte contre l’arthrite, performances sexuelles, etc). Avant 1993, le marché de la médecine basée sur les os de tigre était ainsi estimé à 12.4 millions de dollars par an, rapporte le World Watch Institute. En 2008, une peau de tigre sauvage se vendait dans les 10 000 $, tandis que dents, griffes, moustaches ou os pouvaient atteindre plusieurs milliers de dollars. La dernière menace pour le tigre est l’homme lui-même. « En Chine, on assiste à des conflits entre l’homme et l’animal lorsque les éleveurs installent leur bétail près de forêts où vivent des tigres », explique Xie Yan.
Tigres captifs
Alors que le tigre sauvage est plutôt mal en point, le tigre captif, lui, fleurit. La Chine compterait près de 6 000 spécimens élevés en captivité, et leur capacité de reproduction est forte. Lancé dans les années 1960, ce programme était destiné au départ à préserver les tigres sauvages. Dans les années 1980, le gouvernement envisageait de réintroduire ces tigres d’élevage dans leur milieu naturel. Mais cette politique s’est révélée être un échec : non seulement les tigres captifs n’ont pas été élevés de sorte qu’ils auraient pu être réintroduits sans problème dans la nature, mais les propriétaires de fermes font aujourd’hui pression pour une levée de l’interdiction sur le commerce. Une fois leurs tigres morts, peaux et os deviendraient monnayables. Mais pour les défenseurs du tigre au contraire, rétablir le commerce de produits dérivés de tigres élevés en captivité aurait l’effet inverse. Les vendeurs d’os pourrait en effet se fournir directement dans la nature, ce qui leur reviendrait près de 250 fois moins cher, selon les experts.