
Allons, rassurons leurs fans: les sportifs sont beaux joueurs, ils ne demandent pas à ce que les rues des cités d'Ukraine apparaissent aux Européens couleur sang. Le sang des chats et des chiens errants massacrés sans état d'âme, à la demande des autorités qui voudraient afficher un pays tout beau tout propre lors de l'Eurofoot 2012. Pour les responsables de SOS-Chats à Noiraigue, Tomi Tomek et Elisabeth Djordjevic, les deux «anges gardiennes» des chats, et du règne animal en général, l'affaire commence en mai 2009: la journaliste ukrainienne et responsable d'un refuge à Kiev, Tamara Tarnawska, les appelle au secours. Sans leur aide efficace, elle ne parviendra pas, de l'intérieur, à faire plier les autorités, et la tuerie de ces animaux continuera: brûlés vifs, écrasés, étranglés avec des fils de fer, jetés vivants aux ordures. Et, dernière trouvaille, éliminés dans un four crématoire mobile payé 30 000 dollars, où les chats sont parfois jetés vivants. Rien à envier au sombre Moyen-Age. «Concrètement, SOS-Chats est connu chez nous», précise Tamara Tarnawska, «c'est un lien sérieux avec l'Occident. Ici, on craint vos réactions négatives, car on a besoin de l'Ouest. Chaque occasion de nous mettre en vitrine est importante pour notre économie, alors, si on est présentés comme des tueurs d'animaux, ça inquiète les politiques.»
Tamara Tarnawska est une amie de longue date de SOS-Chats. Dans les années nonante, Tomek et Djordjevic l'ont aidée à faire fermer une tannerie de peaux de chats à Kiev. L'aide qu'elle a reçue ensuite, via SOS-Chats, a permis de nettoyer les lieux et de le transformer en un immense refuge pour animaux abandonnés ou maltraités. Depuis lors, hormis les centaines de chats qui vivent en paix grâce à elle, elle a recueilli également 3000 chiens. Tous sont stérilisés et castrés.
Informées de ces massacres, Tomek et Djordjevic prennent l'affaire en mains. Et quand elles tiennent un os, rien ni personne ne les arrête: pétitions, alerte à la presse, appel aux VIP, qui répondent aussitôt, lettre à Michel Platini, président de l'UEFA. Celui-ci ne se mouille pas, affirmant que ce combat est politique. Alors Tomi Tomek se fâche et fait parvenir à son staff une pétition qui a déjà recueilli 8000 signatures venues de tous horizons, et de pays divers. Depuis lors, l'UEFA a expliqué qu'elle ne voulait pas d'une extermination des animaux, et demandé au vice-premier ministre, Ivan Vasiunyk, de «mettre en place des mesures nécessaires» pour que cesse la tuerie.
Les deux Suissesses poursuivent le combat, elles rencontrent l'ambassadeur ukrainien à Berne, Ihor Dir, sensibilisé à la cause animale. Celui-ci transmet les pétitions aux autorités de son pays. «Chaque article de presse est important», explique Tomi Tomek, «car l'image de l'Ukraine est écornée, on finira par obtenir gain de cause.» De son côté, Tamara Tarnawska trouve les solutions pour soigner et placer ces malheureux entre refuges et particuliers.
Hélas, avec le nouveau gouvernement, tout est à recommencer, d'autant que le président Viktor Yanoukovitch le dit clairement: il éliminera par tous les moyens ces chiens et chats, car selon lui, «une fois stérilisés, ils sont encore plus agressifs.» Ce sont maintenant des vétérinaires qui sont demandés afin de contredire cette affirmation. /BRI
Informations sur www.soschats.org