l était une fois samedi16 janvier 2010

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Les animaux en justice

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Tout se passe comme si l’initiative soumise au vote le 7 mars sur la protection des animaux renouait avec une pratique judiciaire ancienne mais abandonnée au siècle des Lumières, qui faisait de l’animal un sujet de droit à part entière et donc un justiciable redevable de ses comportements devant ses victimes. Par Joëlle Kuntz

Le 7 mars, les Suisses se prononceront sur une initiative visant à installer dans chaque canton un avocat chargé de protéger les animaux. Ceux-ci, dans l’esprit des initiants, sont des sujets de droit à part entière et méritent à ce titre d’être défendus – en tant que victimes, il va sans dire.

Les animaux étaient aussi des sujets de droit au Moyen Age, mais la plupart du temps en tant que coupables. On ne compte pas les procès qui leur ont été faits devant des tribunaux, tant civils qu’ecclésiastiques, pour obtenir leur condamnation. On procédait en bonne et due forme: assignation, comparution, jugement, signification, exécution de la sentence.

Le plus ancien procès connu dans nos régions date de 1094. Un pourceau, accusé d’avoir dévoré l’enfant d’un vacher à Clermont, fut condamné à être pendu et étranglé. La justice contre les animaux s’est raréfiée à partir du XVIIe siècle jusqu’à disparaître après le dernier procès intenté en 1793 à un chien dressé à aboyer contre les uniformes de la garde nationale française. Il fut condamné à mort, ainsi que son maître invalide.

Ce sont les cochons, alors élevés en liberté et en grand nombre, qui sont les plus souvent jugés pour leurs méfaits. L’exemple le plus connu est celui de la truie de ­Falaise, en Normandie, coupable d’avoir dévoré le fils d’un manœuvre de la ville, en 1386. Le juge la condamna à la peine du talion. Comme l’enfant avait eu le visage et le bras déchiré, la truie fut mutilée de la même manière: on lui coupa le groin, à la place duquel on appliqua un masque à figure humaine, puis on lui enleva une jambe et on la pendit.

«L’exécution se fit sur la place publique, en présence de tout le peuple, rapporte Frédéric Galeron dans son Histoire de la ville de Falaise. Le vicomte-juge y présidait à cheval, un plumet sur son chapeau et le poing sur le côté. Pour comble d’horreur, le père de la victime fut tenu d’assister à cette exécution; on voulait le punir pour n’avoir pas surveillé son enfant. Quand l’animal fut amené sur le lieu du supplice, il avait des vêtements d’homme, une veste, des hauts-de-chausse et des gants.»

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Tout se passe comme si l’initiative soumise au vote le 7 mars sur la protection des animaux renouait avec une pratique judiciaire ancienne mais abandonnée au siècle des Lumières, qui faisait de l’animal un sujet de droit à part entière et donc un justiciable redevable de ses comportements devant ses victimes. Par Joëlle Kuntz

Le 7 mars, les Suisses se prononceront sur une initiative visant à installer dans chaque canton un avocat chargé de protéger les animaux. Ceux-ci, dans l’esprit des initiants, sont des sujets de droit à part entière et méritent à ce titre d’être défendus – en tant que victimes, il va sans dire.

Les animaux étaient aussi des sujets de droit au Moyen Age, mais la plupart du temps en tant que coupables. On ne compte pas les procès qui leur ont été faits devant des tribunaux, tant civils qu’ecclésiastiques, pour obtenir leur condamnation. On procédait en bonne et due forme: assignation, comparution, jugement, signification, exécution de la sentence.

Le plus ancien procès connu dans nos régions date de 1094. Un pourceau, accusé d’avoir dévoré l’enfant d’un vacher à Clermont, fut condamné à être pendu et étranglé. La justice contre les animaux s’est raréfiée à partir du XVIIe siècle jusqu’à disparaître après le dernier procès intenté en 1793 à un chien dressé à aboyer contre les uniformes de la garde nationale française. Il fut condamné à mort, ainsi que son maître invalide.

Ce sont les cochons, alors élevés en liberté et en grand nombre, qui sont les plus souvent jugés pour leurs méfaits. L’exemple le plus connu est celui de la truie de ­Falaise, en Normandie, coupable d’avoir dévoré le fils d’un manœuvre de la ville, en 1386. Le juge la condamna à la peine du talion. Comme l’enfant avait eu le visage et le bras déchiré, la truie fut mutilée de la même manière: on lui coupa le groin, à la place duquel on appliqua un masque à figure humaine, puis on lui enleva une jambe et on la pendit.

«L’exécution se fit sur la place publique, en présence de tout le peuple, rapporte Frédéric Galeron dans son Histoire de la ville de Falaise. Le vicomte-juge y présidait à cheval, un plumet sur son chapeau et le poing sur le côté. Pour comble d’horreur, le père de la victime fut tenu d’assister à cette exécution; on voulait le punir pour n’avoir pas surveillé son enfant. Quand l’animal fut amené sur le lieu du supplice, il avait des vêtements d’homme, une veste, des hauts-de-chausse et des gants.»


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